Contre l'oligarchie, pour l'indépendance!

Il est temps plus que jamais de ré-ancrer à leurs fondements radicaux les bases intellectuelles d’une cause poussée à la dérive.

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« Révolutionnaire ».

C’est ainsi qu’Hubert Aquin avait désigné son métier lors son incarcération en 1964 après avoir été arrêté, armé, dans une voiture volée, avant d’être envoyé dans un hôpital psychiatrique dans ce qui semble avoir été un acte de médicalisation de la dissidence politique.

Pourtant, Aquin s’était simplement soulevé contre l’injustice et contre la vassalisation du peuple québécois à son suzerain néo-colonialiste canadien, comme le firent nombre de ses camarades indépendantistes qui militaient tant au Rassemblement pour l’indépendance nationale qu’au sein du Front de libération du Québec.

Car l’auteur de Prochain épisode avait épousé l’idée d’un soulèvement violent en opposition à une Révolution tranquille « pour lui bien trop tranquille », comme le chante Alexandre Belliard dans le quatrième tome de ses Légendes d’un peuple et comme il le mentionne à de nombreuses reprises dans ses carnets datant du début des années 1960, où il équivaut souvent l’écriture et l’acte homicidaire même.

Une insoutenable contre-démocratie

Doit-on donc nous aussi fantasmer d’une révolution sous le signe de la violence armée?

Bien sûr que non, malgré que les moyens dont nous devrons nous doter pour assurer notre salut gagnent malheureusement en radicalité alors que s’ajoute l’urgence climatique à une liste de menaces existentielles déjà longue.

Car le Québec est plus que jamais pris d’assaut par une insoutenable contre-démocratie menée par un gouvernement qui ne se donne même plus le trouble de cacher sa nature oligarchique mais qui semble tout de même trouver grâce chez une frange appréciable des indépendantistes conservateurs et réactionnaires.

Ne saisissent-ils pourtant pas l’ironie de chercher à s’affranchir d’une oppression tout en plaçant un joug au cou non seulement de Québécois issus de l’immigration, mais aussi de ceux et celles dont les aïeux furent les premiers à habiter le territoire?

Ne voient-ils pas de paradoxe à vouloir libérer un territoire pour mieux en livrer les ressources à rabais à l’étranger? À vouloir demeurer dans le giron impérial anglo-saxon à-travers l’OTAN? Pourquoi, au nom d’une supposée unité dans la lutte contre le fédéralisme pétrolier canadien, les nationalistes conservateurs devraient-ils demeurer les chefs de file d’une lutte dont ils ont perdu toute perspective?

C’est en refusant de la transformer en combat des temps modernes au nom d’une justice et d’une égalité universelles fondés sur des droits humains fondamentaux que ces réactionnaires tuent à petit feu la lutte indépendantiste soit au profit d’une vision dépassée de la société québécoise ou, pire, de la fausse nostalgie d’une époque heureusement révolue qui évoque trop souvent l’adage « Travail, Famille, Patrie ».

C’est en rejetant l’héritage révolutionnaire des pionniers et des pionnières de la lutte indépendantiste, ceux et celles qui luttaient en solidarité avec les grandes mouvances de libération, de l’Irlande du Nord à la Palestine en passant par l’Afrique, l’Asie et les militants afro-américains, qu’ils étouffent les braises de la révolte.

C’est en réveillant, du même coup, les vieux fantômes du duplessisme et du Péril rouge qu’ils cherchent à réaffirmer la suprématie des descendants canadiens-français, à reproduire ainsi la mentalité de colonisateur conquérant.

Plus que jamais, alors que les feux de la colère se rallument sur le bûcher du racisme et du colonialisme, nous, indépendantistes, devons impérativement repenser notre lutte, amorcée il y a un demi-siècle par de jeunes artistes et intellectuel.le.s militants.

Ils et elles s’appelaient Bourgault, Vallières, Aquin, Vadeboncoeur, Godin, mais aussi Andrée Ferretti, Michèle Lalonde, Pauline Julien. Ils et elles militaient au RIN, mais aussi au sein du FLQ et du Front de libération des femmes.

Pourquoi ne pas rendre la lutte pour l’indépendance indissociable de celles des travailleurs et travailleuses qui se battent sans cesse ne serait-ce que pour préserver de bien maigres acquis?

Pourquoi ne pas aussi nous joindre aux Premiers Peuples pour partager avec eux, entre humains égaux, la richesse de ce nouveau pays?

Ça, ce serait révolutionnaire, et c’est la mission que se donne le Front pour l’indépendance nationale.

Contre l’oligarchie, pour l’indépendance!