La médiocrité des intellectuels identitaires (1)
Chapitre premier : Frédéric Bastien
“La première fois comme une grande tragédie, la seconde fois comme une farce sordide”, écrivait Karl Marx dans son ouvrage Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte à propos de la duplication de l’Histoire. D’autres que lui ont abordé le phénomène, tel que l’écrivain George Santayana, notamment, pour qui “ceux qui ne peuvent se rappeler le passé sont condamnés à le répéter”.
Si cette boutade par laquelle Marx dénigrait l’avènement de Napoléon III, considéré comme une parodie de son auguste oncle, on peut très certainement l’appliquer, moyennant un peu d’esprit de bottine et d’ironie, à l’historien Frédéric Bastien, candidat péquiste déchu et une des éminences grise-brunes de la droite ethno-nationaliste québécoise qui polluent le mouvement indépendantiste en l’ancrant à la remorque de l’extrême-droite européenne.
Je peux, après tout, me permettre cet esprit de bottine - pour citer Sa Seigneurie Mathieu Bock-Côté, je ne suis au fond qu’un “prosateur pee-wee” et un “agité plutôt médiocre de la wokosphère”!
Merci Mathieu, de m’avoir confirmé comme vulgaire scribe me donne toute la latitude et la liberté dont j’avais besoin pour traiter sans complexe de votre propre médiocrité.
Deux fois plutôt qu’une
C’était la deuxième fois (au moins!) que Bastien se ridiculisait dans un texte publié sur le site web du Journal de Montréal.
Alors en criante pénurie de scandale qu’il pourrait instrumentaliser afin de maintenir une pertinence en constant déficit, Bastien est revenu sur les vieilles histoires de déboulonnages de statues de salopards génocidaires comme John A. MacDonald pour se plaindre qu’entretemps, une statue demeurait intouchée par la folie révisionniste des “wokes” - il ne pouvait, dans les circonstances, éviter de se vautrer dans la plus récente obsession quasi-psychotique de la nébuleuse réactionnaire, composée en grande partie, pour le plus grand malheur de la cause, de gens s’auto-identifiant comme indépendantistes.
Le 3 février dernier, il a donc pris la plume pour dénoncer avec vigueur le maintien en place de la statue de…Norman Bethune, médecin canadien ayant pratiqué à Montréal et mort en 1939 alors qu’il soignait les soldats de l’armée révolutionnaire de Mao en Chine. Il considère Bethune comme un personnage “controversé”. Son crime? Avoir été communiste. Dans son texte, Bastien s’affaire à faire porter au bon docteur le poids des atrocités du régime communiste chinois, pour la plupart commises bien après sa mort, en plus de le qualifier d’admirateur “du sanguinaire dictateur Staline”, histoire de rajouter une bonne couche de Péril rouge à son effort rhétorique. Mais en lisant ce texte, on peut se poser une question bêtement honnête : que savait réellement Bethune du fonctionnement intérieur du régime stalinien, alors que c’était en 1935, année où il s’est rendu en Union soviétique, que s’amorçaient les Grandes Purges?
Il fait ainsi un grossier rapprochement entre être communiste dans les années 1930 et être communiste aujourd’hui. Les militant.e.s de 2023 ne peuvent ignorer l’Histoire. Dans le cas de Bethune, celle-ci s’écrivait en temps réel, sans les médias et les moyens d’information d’aujourd’hui.
Surtout que dans son texte, il omet - je vous rappelle qu’il est historien et enseignant en histoire - qu’en 1936, soit entre ses voyages en URSS et en Chine, sources de son indignation, Bethune s’est rendu en Espagne où il a mis son bistouri au service des Républicains qui luttaient avec acharnement contre les forces fascistes du général Franco.
S’était-il rangé du mauvais côté de l’Histoire sur celle-là, M. Bastien, ou est-ce que la lutte contre le fascisme, qui sert de fil conducteur aux pérégrinations de Norman Bethune, est à dénoncer?
Pendant ce temps, la statue de Georges-Étienne Cartier, grand bandit du chemin de fer canadien, trône toujours au pied du Mont-Royal, sans subir l’opprobre des Frédéric Bastien et MBC de notre demi-pays, ce dernier ayant dénoncé, à l’époque, le déboulonnage de la statue…de MacDonald.
On comprend mieux pourquoi et comment le chanoine de Québécor arrive à discuter comme autour d’un café de la vision de l’Europe de Viktor Orban en compagnie de Marion Maréchal-LePen.
Peut-être devraient-ils se rappeler les sages paroles de Pierre Vadeboncoeur qui appelait à “renverser les monuments pour voir les verres qui grouillent”.
Le premier “scandale” qui servit de fondation aux cacas nerveux de Bastien - une fausse nouvelle à propos de la communauté musulmane de Montréal - fut une tragédie. La seconde, une vraie farce dont nous rirons longtemps, j’espère.