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# L'armée québécoise, selon le PQ : Un "livre bleu" taché rouge sang.
- URL: https://plumedanslaplaie.ghost.io/larmee-quebecoise-selon-le-pq-un-livre-bleu-tache-rouge-sang/
- Published: 2026-06-25T18:07:47.000Z
- Updated: 2026-06-25T20:52:04.000Z
- Author: Martin Forgues

POUR UN QUÉBEC NON-ALIGNÉ ET HORS DE L'OTAN! 

D'abord, je voudrais éjecter l'éléphant de la pièce : une république québécoise aura besoin de forces armées. 

Je me souviens avoir lu le livre-manifeste "Pour un pays sans armée" (Écosociété, 1993) il y a une vingtaine d'années. J'étais encore dans l'armée à cette époque et j'avais trouvé le propos mièvre et naïf, une sorte de pacifisme un peu gna-gna qui souhaitait modeler le Québec sur le Costa Rica, et ce malgré tout le respect et la révérence que j'ai pour l'oeuvre et le militantisme de Serge Mongeau et de quelqu'un comme Raoul Duguay, un des collaborateurs à ce collectif. 

Même aujourd'hui, malgré mon engagement anti-militariste et anti-impérialiste, mon opinion n'a pas changé.

Le problème central de leur thèse, hormis sa naïveté, est que le Québec n'est pas le Costa Rica. Son territoire est composé à 10% de plans d'eau douce, ce qui correspond à 3% des réserves mondiales. C'est un des endroits sur la planète où on trouve un des plus grands potentiels minéraux et de terres rares, toutes proportions gardées.

Comment ne pas attiser ainsi la convoitise de pays qui pourraient décider de s'en emparer avec, au premier chef, l'État-voyou états-unien où le président actuel et quelques politiciens cupides évoquent l'annexion possible du Canada et, donc, du Québec. 

Indéniable, donc, que devions prendre les moyens de nous défendre. 

Mais qu'à cela ne tienne, le Livre bleu du Parti Québécois nous propose plutôt une politique militaire et sécuritaire aventuriste, impérialiste et qui s'assurera d'envoyer nos enfants au casse-pipe comme chair à canon pour nourrir le *racket* de la guerre, aux côtés du "partenaire" états-unien.

On peut y lire que "le non-alignement n'est plus possible \[aujourd'hui\]", alors qu'il l'est plus que jamais, alors que le régime Trump, en plus de menacer de quitter l'OTAN, s'est fait non plus seulement complice mais désormais acteur dans le génocide du peuple palestinien par les fossoyeurs d'Humanité qui siègent à la Knesset. L'appareil impérialiste états-unien, loin des promesses isolationnistes de l'Amerikanischer Führer, se déploie de manière plus agressive que jamais, tant dans les mots que les gestes. Que ce soit par la rhétorique guerrière contre les pays justement non-alignés comme Cuba et le Venezuela où, respectivement, l'*imperium* affame la population et a kidnappé le président démocratiquement élu et son épouse, ou par l'agression sauvage contre l'Iran - une autre guerre de perdue au Moyen-Orient! - les USA re-confirment encore une fois son statut de plus grande menace à la paix mondiale, aux côtés d'Israël. 

Ça n'empêche pas les éminences grise-brunes du PQ de voir, encore, la menace venir des suspects usuels : la Russie, la Chine et "d'autres régimes autoritaires" seraient "de plus en plus menaçants". 

Lesquels? On ne sait pas. L'Argentine? La Hongrie? La France après une victoire du RN en 2027? 

L'Afghanistan? Vous voulez vraiment vous rembarquer là-dedans? (Ils ont aussi beaucoup de terres rares, remarquez).

L'Iran? 

Le Mali, le Niger ou le Burkina Faso, où ont eu lieu des coups d'État par des fils spirituels de Thomas Sankara et qu'on aidait militairement lorsque leurs gouvernements étaient encore des comptoirs post-coloniaux? Vous me direz qu'ils ont un ton "autoritaire" Soit, mais j'attends encore un peu pour me prononcer sur le succès ou l'échec de leur révolution. En attendant, ils se réapproprient leur pays et ses terres. 

Le Québec vivrait donc dans le même *comic book* que le reste de l'Occident, pris dans une boucle temporelle quelque part entre l'ordre mondial au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, la fin de la Guerre froide et les attentats du 11 septembre 2001\. Dans lequel la Russie, après s'être embourbée en Ukraine, serait encore assez puissante pour continuer sa poussée et percer le flanc est de l'OTAN pour conquérir l'Europe, hormis que son budget militaire soit cinq fois plus petit que celui des USA et que ses forces armées comptent parmi les plus inaptes au monde? 

Dans lequel il y aurait, au-delà de la défense de Taïwan, un impératif moral à livrer la guerre à la Chine en raison de ses transgressions en matières de droits humains. 

Où se situe, exactement, la supériorité morale des pays occidentaux?

On peut lire un peu plus loin, conséquemment, que le Québec adhèrerait donc à l'OTAN et chercherait à devenir membre de la Commission mixte de défense Canada-USA, en proposant de reproduire le modèle des pays scandinaves (Suède, Norvège, Danemark) et de la Finlande, cette dernière ainsi que la Suède ayant adhéré à l'OTAN dans les dernières années, ayant selon le Livre Bleu "quitté leur neutralité traditionnelle".

Or, la Suède et la Finlande ont envoyé des milliers de soldats - 9000 et 2500, respectivement - en Afghanistan, le pays que l'Empire a envahi après que des pirates de l'air saoudiens et égyptiens aient attaqué les États-Unis, avec comme objectif (très) secondaire de "libérer le peuple afghan" des Talibans. 

Un pays qui, après vingt ans d'occupation occidentale et où 159 fils et filles du Canada, mes frères et soeurs d'armes, sont morts pour rien, est revenu à la case départ avec le retour des Talibans. Vingt ans d'expérimentations socio-politiques sur des sujets humains vivants, de reconduite de la corruption et de profits pour le complexe militaro-industriel, pendant lesquels plus de 40 000 civils afghans ont été tués.

Repassons, si vous voulez bien, pour la "neutralité".

Mais puisque j'essaie à mes heures d'être constructif et de sortir du carcan gueulard qui afflige le pamphlétaire et que je commente ici un sujet que je connais particulièrement bien, je voudrais terminer ce texte par ma propre proposition pour une force de défense québécoise. 

Le modèle dont il faut s'inspirer : la Suisse!

Un pays qui, malgré sa politique de neutralité militaire absolue, garde une influence internationale relativement appréciable et que j'hésiterais énormément à envahir alors que jusqu'à la fin de la Guerre Froide, les ponts et les tunnels du pays étaient prémunies de charges explosives et que le territoire était essentiellement une gigantesque position défensive qui aurait signé l'arrêt de mort de n'importe quelle force armée. 

Les forces suisses comptent actuellement près de 150 000 membres répartis entre l'armée de terre, l'aviation et une petite flotille qui patrouille les lacs. 

Malgré la mission qui se limite strictement à l'auto-défense, elle est formidablement équipée en termes de chars d'assaut, véhicules blindés de combat, pièces d'artillerie et avions de chasse, hélicoptères, etc. 

Suite à leur service militaire obligatoire, les citoyen.ne.s demeurent des réservistes sur une base volontaire et, sous certaines conditions sévères, peuvent garder leurs armes et équipement personnels. 

Le Québec pourrait ainsi se doter d'une force d'auto-défense de dissuasion composée d'une armée de terre, une aviation et d'une marine capable de protéger le Saint-Laurent, sa portion de l'Océan Arctique et les cours d'eau connectés aux États-Unis. 

Une force qui serait, constitutionnellement, interdite d'être déployée contre la population civile.

Voyons à quoi elle pourrait ressembler.

**Quartier-général interarmées** (coordination, commandement et contrôle centralisé) 

Unité de renseignement

Unité de cyber-défense

Brigade de soutien au combat centralisée (défenses antiaériennes permanentes, guerre électronique, génie, opérations d'influence (PSYOPS) défensives)

**Quatre commandements régionaux (nord, sud, est, ouest)**

**Armée de terre :**

Un quartier-général 

Une force régulière (temps plein) de la taille d'une brigade (5000 soldats) divisée en trois groupements tactiques (infanterie légère et mécanisée, véhicules blindés, chars d'assaut, artillerie, ingénieurs, soutien logistique et médical, administration, hélicoptères de transport et de combat)

Une force de réserve (temps partiel) comprenant trois brigades avec un effectif réel au tiers de son effectif "sur papier" et rapidement mobilisable à temps plein. 

Une force d'intervention rapide d'élite de la taille d'un bataillon (750 soldats), aéroporté (parachutistes, hélicoptères), déployable à très court avis (24 heures ou moins)

Un contingent "expéditionnaire" *ad hoc* (non-permanente) de la taille d'un bataillon, destiné à un déploiement dans le cadre d'une mission de maintien de la paix de l'ONU.

Un bataillon d'intervention et de patrouille arctique

**Aviation :** 

Un quartier-général

Deux escadrons d'avions de chasse pour les patrouilles de souveraineté aérienne (40 avions) équipées avec des chasseurs SAAB Gripen 

Un escadron de soutien (avions de transport, ravitaillement en vol, etc.)

Un escadron de surveillance et guerre électronique

Unités de défense antiaérienne mobiles

Unités de recherche et sauvetage 

**Marine :** 

Un quartier-général

Une flotte de patrouille arctique - frégates avec capacité de brise-glace

Une flotte de deux groupements tactiques maritimes - Saint-Laurent et zone de souveraineté maritime - croiseurs (vaisseaux de commandements), destroyers et frégates 

Aviation maritime (hélicoptères embarqués sur les navires, avions de surveillance, guerre anti-sous-marins)

**Force de défense civile (force "irrégulière")**

Volontaires armés et entrainés pour des missions de sabotage, avec officiers de liaison avec les forces armées.

Cette force pourrait fonctionner avec un budget correspondant à 2% du produit intérieur brut québécois, après une levée initiale financée par une "taxe patriote" temporaire pour bâtir les infrastructures et acheter les équipements sur une période de cinq ans. 

Le Québec pourrait développer une industrie de défense interne (dont les profits reviennent à l'État en partie sous forme d'impôt) en plus de partenariats avec des pays choisis sur des bases éthique qui ne contribuent pas au militarisme mondialisé et dont les équipements pourraient être produits ici sous licence. 

Elle serait, comme mentionnée plus haut, constitutionnellement interdite d'être déployée contre la population civile québécoise. 

Voilà, je crois, un compromis intéressant entre nécessité de défense, refus de participer à l'aventurisme militaire occidental et volonté, à-travers l'ONU, de faire la démonstration de la volonté du Québec d'appartenir à la communauté internationale. 

POUR UN QUÉBEC NON-ALIGNÉ ET HORS DE L'OTAN!