#12 L’indépendance du Québec : un projet fondamentalement internationaliste!
L’indépendance du Québec, au 21e siècle, sera internationaliste ou ne sera pas.
Quand Jean-François Carrier de Nouvelle Alliance nous parle dans sa lettre ouverte de « nationalisme cohérent », il faut bien entendu lire entre les lignes de cet espace exigu à dessein duquel jaillit la réelle signification du terme : « ethnique ».
Blanc.
Catholique.
Patriarcal, sans doute.
Fasciste, très certainement.
Cette position réactionnaire et tributaire d’un passé fétichisé se vérifie empiriquement en regardant les images nous montrant les militants de Nouvelle Alliance épousant une esthétique digne des petites brigades d’extrême-droite qu’on voit partout en Occident. Ici, on troque les symboles suprémacistes blancs pour le Carillon Sacré-Cœur.
Dites-moi que j’exagère, si vous voulez. À une époque pas si lointaine, Mathieu Bock-Côté les aurait sans doute dédouanés en les qualifiant de simples « paradeurs folkloriques », ainsi qu’il nommait les groupes d’extrême-droite qui s’étaient révélés au grand jour dans la foulée de feue La Meute et dont Nouvelle Alliance se veut le rejeton, qu’on parle de la Fédération des Québécois de souche ou du Front Canadien-Français.
Chose certaine, Nouvelle Alliance et les autres organisations en périphérie sont des usurpateurs lorsque vient le temps de militer pour l’indépendance du Québec et de commémorer la mémoire des rébellions patriotes de 1837-1838 – tout ce qu’ils prônent se trouve aux antipodes des valeurs républicaines et progressistes des Patriotes et des groupes qui ont poursuivi la lutte dès les années 1960, du RIN au FLQ en passant par les féministes du Front de libération des femmes du Québec.
C’est d’ailleurs aussi ironique qu’intéressant de constater que le même vent révolutionnaire qui balayait nos consciences politiques depuis les anciennes colonies européennes dès les années 1960 s’est remis à souffler, cette fois depuis la Palestine, les pays de l’odieusement nommée « Françafrique » et l’Amérique latine.
C’est ce vent qui doit de nouveau porter les aspirations du Québec à son indépendance, à l’aune d’un 21e siècle sous le signe de l’urgence climatique et de la décolonisation, à égalité avec les Premiers Peuples du pays et contre toutes les forces oppressives qui nous encarcannent collectivement : le capitalisme, le colonialisme et l’impérialisme.
C’est à peu de choses près au projet inverse que nous convie Nouvelle Alliance : un Québec-pays refermé sur lui-même, ultramontain, dirigé par une élite affairiste mais heureusement « nationale » et centré autour de trois valeurs cardinales : le travail, la famille, la patrie.
Comme le régime de Vichy, qui sert lui aussi d’inspiration à l’esthétique militante de Nouvelle Alliance, tout comme les mouvements virilistes qui polluent l’internet et les esprits des jeunes garçons depuis déjà trop longtemps!
Ils sont en ce sens les indignes ambassadeurs de l’extrême-droite française qui, dans ses expressions les plus radicales, font même renaître le néo-monarchisme contre-révolutionnaire si chers à leurs théoriciens dont Charles Maurras, dont la pensée reste influente dans ces milieux.
Or, comme le disait Romain Gary, le patriotisme est l’amour des siens alors que le nationalisme est la haine de l’autre.
Convenons donc ensemble d’une évidence : les militants de Nouvelle Alliance ne sont pas des « patriotes ». Ce sont des nationalistes ethniques de la pire espèce, celle qui a donné naissance à tant de conflits et de massacres au fil de la sanglante histoire de l’Humanité.
Même Lionel Groulx, si cher aux indépendantistes de droite, avait condamné a posteriori les Patriotes!
Il suffit aussi de relire la déclaration d’indépendance du Bas-Canada de 1837 pour nous rappeler l’héritage politique progressiste des Patriotes, hormis leur position sur le vote des femmes – on ne pourra malheureusement jamais dire qu’ils étaient avant-gardistes sur tout.
Liberté de presse, liberté de culte, abolition du féodalisme, droits égaux sans aucun égard et notamment pour les Premiers Peuples.
Pourrait-on ainsi dire que les Patriotes étaient des wokes de gauche à leur époque?
Le débat est très certainement ouvert.
Pierre Falardeau, qu’on récupère sans arrêt à tort et à travers chez les indépendantistes de droite, fondait sa vision du Québec-pays dans la pensée révolutionnaire et décoloniale incarnée par des figures qu’il encensait souvent : Hô Chi-Minh, Nasser, Thomas Sankara, pour ne nommer que ceux-là.
Une vision dérivée de ce que Jean Jaurès qualifiait, dans un discours de 1911, de « patriotisme internationaliste », auquel on pourra greffer, aujourd’hui, l’écologisme et le syndicalisme de combat.
Malheureusement, même le mainstream indépendantiste aligne son navire en contre-azimut de cette nécessité de plus en plus urgente, en s’accrochant au capitalisme même « vert », en continuant de nier le génocide palestinien et en adoptant une posture d’une navrante mollesse envers le régime de Donald Trump.
Pas étonnant, donc, que des militants de Nouvelle Alliance arrivent à se faufiler dans leurs rangs!
Applaudissons, cela dit, le courage moral de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal et les OUI-Québec qui ont publiquement rejeté Nouvelle Alliance et leurs étranges alliés staliniens de l’Action socialiste pour la libération nationale (ASLN).
Le Front pour l’indépendance nationale, de son côté, mènera sa lutte conjointement avec les groupes antifascistes, les écologistes, les syndicats et en solidarité avec les peuples en lutte contre l’impérialisme, le colonialisme et les régimes génocidaires.
L’indépendance du Québec, au 21e siècle, sera internationaliste ou ne sera pas.