REPOST : "Muckrakers" des temps modernes, #1 : Seymour Hersh
Premier texte d'une série sur les journalistes indépendants qui pourchassent la vérité, souvent contre vents et marées.
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J’ignore combien d’entre vous connaissez les “muckrakers”, ces journalistes du début du 20e siècle qui sont, en quelque sorte, les ancêtres pas si lointains des journalistes d’enquête d’aujourd’hui. Ceux et celles qui vont au-delà de la bulle consensuelle dans laquelle patauge nos sociétés avec la complicité des grands médias qui présentent l’état du monde soit à-travers la lorgnette extrême-centriste-tangente-droite-molle du (néo)libéralisme, soit celle du néoconservatisme conquérant.
Mais il est certain que la plupart des journalistes indépendants et engagés d’aujourd’hui vous diront qu’un de leurs maîtres à penser reste, à ce jour, Seymour Hersh, qui vient de révéler ce dont on se doutait déjà à propos de l’explosion du pipeline russe Nord Stream 2.
N’ayant pas peur de la controverse, Hersh s’est toujours investi d’une seule mission : faire connaître la vérité. Ses écrits l’ont souvent placé sur la sellette et ses détracteurs lui ont souvent reproché, notamment, son utilisation « abusive » de sources anonymes. Sa réputation fut notamment attaquée après la parution en 1997 d’un livre sur John F. Kennedy. On lui a reproché de s’être fié sur des rumeurs et d’avoir appuyé certaines de ses allégations sur des sources peu crédibles et ce qui a fini par se révéler comme des canulars. À ce titre, nul n’est à l’abri, pas même les meilleurs.
L’historien Arthur Schlesinger, Jr l’avait même décrit comme « le journaliste d’enquête le plus crédule qu’il connaisse ».
Le magazine ultra-conservateur The National Review s’était d’ailleurs servi du caractère controversé du livre, intitulé The Dark Side of Camelot, pour discréditer le reportage de Hersh sur le scandale de la torture à la prison d’Abu Ghraib.
Et pourtant…Tout ce qu’il a écrit, ou presque, s’est révélé véridique. Je dis “presque” car tout journaliste de cette trempe prend des risques et s’expose à commettre des erreurs. Mais de chercher à discréditer complètement un journaliste pour le simple fait d’avoir erré à l’occasion relève de l’hypocrisie, surtout si ledit journaliste se rétracte lorsqu’il se doit!
Parmi les faits d’armes qui lui auront valu de nombreux prix prestigieux, citons la révélation du Massacre de My Lai, un crime de guerre commis par des soldats américains pendant la guerre du Vietnam, le scandale des prisonniers de guerre torturés à la prison d’Abu Ghraib en 2004 ainsi que la remise en question des récits de l’assassinat d’Oussama Ben Laden et de l’attaque chimique sur Ghouta, en Syrie, largement présentée comme le fait des forces gouvernementales syriennes.
C’est depuis ces deux incidents que de nombreux commentateurs, principalement issus des institutions auxquelles le journaliste demande des comptes ainsi que des grands médias trop souvent plus affairés à entretenir leurs relations avec le pouvoir qu’à le questionner, taxent Hersh d’être un “complotiste” et un propagandiste pour la Russie et le gouvernement de Bashar al-Assad. Un sort aussi réservé à d’autres journalistes qui ont dévié du sentier tracé par les éclaireurs du pouvoir, tels que Chris Hedges, Robert Fisk ou, parmi la plus jeune génération, Max Blumenthal, Aaron Maté, Matt Taibbi, Glenn Greenwald et Rania Khalek.
L’exemple de Seymour Hersh est celui d’un journaliste qui a non seulement le courage d’enquêter sur des histoires dont la publication fait invariablement polémique, mais aussi celui qui, contre vents et marées, mène ses enquêtes et accepte de vivre avec les conséquences de ses succès, mais aussi de ses erreurs. Des erreurs malheureusement inévitables, dont un « muckraker » d’aujourd’hui doit s’inspirer pour ne pas les répéter, mais qui place Hersh dans la catégorie de ceux qui en ont battu les sentiers.
Écrits rassemblés dans le London Review of Books
Écrits rassemblés dans le New Yorker
(Sources : Wikipedia*, National Review Online, New Yorker Online)
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